Des pygmées autorisés à vivre dans la forêt de Kibira protégée

 Olivier Bizimana et Jean Paul Kamanzi     

Les personnes qui avaient occupé la forêt de Kibira l’ont quittée à la fin de la crise en 1993. Depuis, un village de l’ethnie batwa s’y est établi avec la bénédiction du gouvernement. La protection de cette réserve naturelle n’est pas chose facile.     

La foret de Kibira

Il est neuf heures du matin au chef-lieu de la zone Bugarama. Il fait froid et les gens s’activent dans leurs occupations. Une femme prépare de la nourriture pour son restaurant et son mari attend un client dans son taxi voiture. En levant les yeux sur les collines, on aperçoit la forêt de Kibira assombrie par les nuages qui défilent au dessus d’elle. A deux kilomètres de là, se trouve un village de l’ethnie batwa en pleine foret de Kibira. A l’entrée du village, se trouve une carrière. « Elle appartient à un privé », informe Patrice Ngendahoruri, un homme d’une soixantaine d’année qui s’occupe des pépinières des plants d’arbres. La forêt est calme et rompt avec le bruit de moteur de la ville. L’homme âgé connait presque tous les parages du coin. « Les gens de l’ethnie batwa ont été déplacés par le gouvernement à 2km et occupent la forêt ». Il indique que par contre la chasse et les champs y sont interdits. « Les autorités n’avaient pas d’autres choix que de les mettre à cet endroit parce qu’ils n’avaient nulle part où aller », informe Patrice Ngendahoturi.
Au village des batwas, les femmes labourent les champs. Une d’entre elles indique qu’elles sont là depuis plus d’un siècle.  Cette composante de la population burundaise devient de plus en plus sédentaire car auparavant elle vivait de la chasse, de la cueillette et de la poterie.

Dérapages dans la forêt. Les batwas sont pointés du doigt   

village des batwas

« Contrairement aux batwas, les personnes qui avaient fui et occupé par conséquent les terres de  la forêt de Kibira l’ont quittée suite aux pressions exercées sur elles », confirme l’association dénommée Dukingire Ikibira « protégeons la forêt de Kibira » basée au chef-lieu de la zone Bugarama. « La forêt fournit du bois de chauffage et de l’eau », disent les femmes de cette association.
Marie Nduwimana, représentante de l’association fait savoir que la forêt leur a servie de refuge lors de la crise en 1993 : « Ceux qui avaient occupé la forêt, dont moi-même, ont regagné leurs champs d’avant ». Elle précise, soutenue par Isidore Nsaguye, agronome basé a Bugarama que c’est le gouvernement qui en a décidé ainsi. « Mais entretemps », signale l’agronome, « des mouvements des gens qui coupent les arbres et les batwas de Rugazi qui pratiquent encore  la chasse. Ces derniers sont dangereux et peuvent blesser les gardes forestiers.»

La réglementation pour les batwas occupant la forêt de Kibira

« Il est strictement interdit de s’approprier les parcelles de la forêt de la Kibira », fait savoir Oscar Ndayiziga, gouverneur de la province de Muramvya. Le gouvernement a décidé d’intégrer cette composante de la population burundaise qui ne possède généralement pas de terres à cultiver. « Mais par contre, il est formellement interdit à ces batwas de pratiquer la chasse et d’agrandir leurs champs », informe le gouverneur. Il ajoute que le gouvernement y déploie l’armée pour surveiller la forêt. « Les militaires qui font des patrouilles à l’intérieur de la forêt effraient les braconniers et les cultivateurs de chanvre qui essaient toujours de tromper leur vigilance.» Le gouvernement signale enfin la mise en place d’un système de collaboration entre l’Etat rwandais et celui du Burundi pour protéger la forêt et contrôler leur frontière commune. Peut être la fin du braconnage au niveau de la frontière ?

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2 commentaires pour Des pygmées autorisés à vivre dans la forêt de Kibira protégée

  1. Christine dit :

    Très intéressant! Merci.

  2. Salah dit :

    Merci pour cet article!

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