Exigüité des terres: destination ville, et après?

Buhendwa Wany Maguy, Nancy Ninette Mutoni et Shaba Erick Bill

Transporteurs de Bujumbura à l'oeuvre

Le transport des bagages est l’un des petits métiers qui attirent les  déserteurs des campagnes, travail de force et de compétition. Ont-ils réellement trouvé asile face à leurs problèmes de terre?

Sous un soleil accablant, Jérémie Ciza donne des ordres à ses hommes. Il est assis sur une pierre, trempé de sueur.

Ce chef des transporteurs de bagages au marché central de Bujumbura, la quarantaine, fait signe de la main à l’un des transporteurs. Celui-ci, corps robuste, d’un geste rapide, court vers une voiture remplie de sacs, qui vient s’arrêter. Puis il monte dans la voiture, s’empare d’un sac plus grand que lui et le met par terre.

Déchargement d'une voiture par les transporteurs

Jérémie Ciza, qui vient de la province de Kayanza au Nord du pays, une province à forte densité et qui connait une démographie galopante, confie avec réticence: ’’Mon travail consiste à décharger les marchandises en provenance de l’intérieur du pays et à les transporter au marché central de Bujumbura’’

«Je n’ aime pas la vie en ville; mon vœu est de retourner vivre à la campagne», dit-il. «Je n’étais pas capable de trouver assez d’argent pour acheter du terrain dans d’autres localités alors je suis venu en ville en chercher», ajoute Jérémie Ciza d’un ton plutôt tendu.

Jérémie Ciza, bagage sur les épaules

De 3000 à 6000 Fbu par jour, depuis douze ans, le chef des transporteurs parvient à faire vivre sa famille, chose qu’il ne pouvait pas faire avec son petit lopin de terre, hérité de son père.

Jérémie Ciza projette acheter du bétail quand il aura rassemblé un peu d’argent: «L’agriculture seule ne peut satisfaire les besoins de ma famille».

Son rêve semble s’évanouir sous ses pieds: «Depuis quelques mois, la police nationale a renforcé la sécurité autour des grands axes de rassemblement, dont le marché central».

Les autorités de la Mairie ont révélé à ce sujet qu’une redistribution de nouveaux parkings a accompagné ces mesures de sécurité. Elles demandent aux transporteurs de se positionner aux nouveaux parkings car la sécurité est une affaire de tous.

’’Les véhicules de transports de marchandises n’accèdent plus comme avant au centre ville’’, déclare Jérémie Ciza, d’une voix un tout petit peu cassée. ‘‘Notre butin est diminué’’ ajoute-t-il.

Travail de force, à quel prix?

Jean Niyonzima, une trentaine, lui, au corridor sud du marché central de Bujumbura, porte un sac de cent kilos dont la lourdeur semble l’anéantir.

Il dépose son fardeau à destination et revient d’un pas pressé.’’J’ai quitté mon village natal à Gitega au centre du pays car je n’avais pas assez d’espaces cultivable et cela me causait des ennuis avec mes nombreux frères’’, avoue-t-il.

Jérémie Ciza

Au Burundi, la terre est une richesse sacrée, source de privilèges et de respect. La démographie galopante de 8.090.068 habitants soit 105hab/km2 * le retour des réfugiés et des déplacés internes ont rendu cette ressource de plus en plus rare.

La terre est devenue ainsi génératrice de conflits, des conflits qui quelques fois vont jusqu’à des meurtres fratricides et règlements de compte sans fins.

Une femme abandonnée, faute de terre!

A quelques mètres de là, Akimana Furaha est assise à même le sol, avec ses trois plus jeunes enfants sur elle, les trois autres demandent de l’argent aux passants.

Akimana Furaha avec ses enfants

Cette femme de 35 ans passe ses journées à tendre les mains aux passants. Sa vie dépend de la générosité de ces derniers.

«Il y a 6 mois, mon mari m’a abandonnée avec les enfants. A mon tour, j’ai quitté le village craignant que ces enfants meurent de faim»

Akimana Furaha mène une vie de mendiante et ses enfants aussi. Quel avenir pour ces enfants? Mendiants? Transporteurs?

*Selon les données du recensement général de la population 2009

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2 commentaires pour Exigüité des terres: destination ville, et après?

  1. Ping : Bujumbura-Burundi, Journalisme sensible aux conflicts | Ijwi ryawe

  2. Aimé Emmanuel NIBIGIRA dit :

    Un article qui traduit l´une des plus grandes préocupations au Burundi. Je donne 10/10 aux auteurs pour ce travail, ce repartage excellent.

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